Une journée pédagogique sans PowerPoint, mais avec des cabanes

Le vendredi 19 juin, 85 professionnelles de la petite enfance ont vécu une journée pédagogique fondée sur la rencontre, la créativité et l’expérience. Une journée pour rappeler que transformer les pratiques commence souvent par transformer le regard.

Quand une journée pédagogique devient une expérience à vivre

Vendredi 19 juin 2026, j'ai animée une journée pédagogiques qui aurait pu ressembler à beaucoup d’autres journées professionnelles : une salle, des chaises alignées, un diaporama, des informations descendantes, quelques échanges en fin de matinée et une fatigue polie à 16h30.

Mais ce jour-là, il n’y avait ni PowerPoint, ni conférence verticale, ni programme fourre-tout. Il y avait 85 professionnelles invitées à se rencontrer, à coopérer, à créer, à rire, à questionner leurs habitudes et à regarder autrement les espaces du quotidien.

Former, ce n’est pas seulement transmettre

Dans les métiers de la petite enfance, les équipes reçoivent déjà beaucoup d’informations : protocoles, repères réglementaires, recommandations, projets, procédures, réunions, ajustements permanents. Bien sûr, ces apports sont nécessaires. Mais ils ne suffisent pas toujours à déplacer une pratique.

Ce qui fait bouger un collectif, c’est souvent une expérience vécue ensemble. Une situation qui oblige à coopérer autrement. Un défi qui fait tomber les barrières entre structures. Un moment où l’on ne parle pas seulement de créativité, mais où l’on se met réellement à créer.

Le Binôme Mystère : créer du lien avant de créer du contenu

Dès l’accueil, chaque professionnelle a reçu une enveloppe avec un prénom, trois mots, une feuille, un crayon et une consigne. Le défi était simple : retrouver une collègue d’une autre structure, former un binôme, inventer une courte histoire à partir de six mots, se prendre en photo ensemble et déposer cette trace dans une boîte commune.

Derrière l’apparente légèreté du jeu, il y avait un vrai choix pédagogique : favoriser les rencontres entre personnes qui ne travaillent pas habituellement ensemble. Le lien ne se décrète pas dans un discours. Il se fabrique dans une consigne claire, un prétexte partagé, un petit pas vers l’autre.

Le repas partagé comme espace professionnel à part entière

Le repas n’était pas une pause hors sujet. Il faisait pleinement partie de la journée. Les bracelets de couleur ont permis de mélanger les équipes, d’installer des groupes en extérieur, de créer des espaces de pique-nique et de donner à la convivialité une vraie fonction professionnelle.

Parce qu’une équipe qui se parle autrement travaille aussi autrement. Parce qu’une professionnelle que l’on découvre dans un moment informel devient ensuite plus facile à solliciter, à écouter, à comprendre. Le sentiment d’appartenance à un réseau ne naît pas uniquement dans un organigramme. Il naît aussi autour d’un plat partagé, d’une couverture posée au sol et d’une conversation qui n’était pas prévue.

Le Journal Télévisé des Crèches : rire pour penser plus librement

Au moment du repas, chaque groupe a reçu un sujet de mini journal télévisé à préparer en une minute : disparition de chaussons, pluie de doudous, embouteillage au toboggan, pénurie mondiale de gommettes, enfants prenant la direction de la crèche ou encore bébés en tournée internationale avec un répertoire composé uniquement de lalalalala.

Ce type de proposition peut sembler anecdotique. Il ne l’est pas. Jouer entre adultes dans un cadre professionnel, c’est accepter de sortir un instant de la posture de maîtrise. C’est retrouver ce que l’on demande si souvent aux enfants : essayer, inventer, composer avec les autres, ne pas savoir exactement ce qui va se passer et y aller quand même.

Les cabanes : un projet sérieux, justement parce qu’il était ludique

L’après-midi, les participantes ont rejoint le Festival des Cabanes Éphémères. Réparties en groupes, elles ont reçu un espace à investir, un thème et une consigne : transformer un lieu ordinaire de la structure en cabane extraordinaire avec le matériel déjà présent sur place.

La cabane des secrets, la cabane des ombres, la cabane des explorateurs, la cabane des trésors ou la cabane de l’inattendu n’avaient pas vocation à être parfaites. L’enjeu n’était pas de produire un décor esthétique pour adultes. L’enjeu était de créer une invitation pour les enfants : entrer, toucher, se cacher, observer, détourner, raconter, recommencer.

Regarder l’existant comme une ressource pédagogique

Cette journée portait une idée forte : la créativité ne dépend pas seulement du matériel disponible, mais du regard posé sur l’environnement. Une chaise peut devenir une porte. Un tissu peut devenir une forêt. Un carton peut devenir un refuge. Un coin oublié peut devenir un territoire d’exploration.

Pour les équipes, cette expérience est précieuse, car elle déplace la question habituelle. Au lieu de se demander ce qui manque, elle invite à se demander ce qui est déjà là. Qu’est-ce que cet espace permet ? Qu’est-ce qu’il empêche ? Comment les enfants pourraient-ils l’habiter autrement ? Quelle marge de liberté peut-on leur offrir sans tout contrôler à l’avance ?

Faire vivre aux adultes ce que l’on souhaite offrir aux enfants

Le fil rouge de la journée était clair : proposer aux professionnelles de vivre ce que les crèches cherchent chaque jour à offrir aux enfants. Des rencontres, de la coopération, de l’exploration, de la créativité, de l’émerveillement et une part de lâcher-prise.

C’est un point essentiel en formation petite enfance. On ne peut pas seulement demander aux équipes d’être créatives, disponibles, observatrices et coopératives. Il faut leur permettre d’expérimenter ces postures dans leur propre corps, dans leur propre collectif, avec leurs hésitations, leurs rires, leurs idées et leurs surprises.

Des traces pour prolonger la journée

Les histoires inventées par les binômes pourront circuler dans les structures. Les photos deviendront un souvenir commun. Les mots déposés dans les urnes à côté des cabanes garderont la trace des ressentis. Les phrases sur le métier en crèche pourront nourrir une création collective, peut-être même une chanson.

Ces traces comptent, car elles évitent que la journée reste un simple bon moment. Elles permettent de réouvrir la discussion après coup, de transmettre aux collègues absentes, de revisiter les espaces avec les enfants et de transformer l’expérience en graines de pratiques concrètes.

Et si demain, on regardait la crèche autrement ?

Cette journée ne cherchait pas à impressionner. Elle cherchait à déplacer. Déplacer les places, les regards, les relations, les imaginaires. Elle rappelait qu’une journée pédagogique peut être exigeante sans être descendante, structurée sans être figée, joyeuse sans être superficielle.

Au fond, la question laissée aux équipes est simple et puissante : et si demain, avant d’acheter, de ranger, de planifier ou de remplir, nous regardions l’espace avec les yeux des enfants ? Peut-être verrions-nous moins de mobilier et plus de possibles. Moins de contraintes et plus d’invitations. Moins de routines et plus d’occasions d’explorer ensemble.

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